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TOUS RESPONSABLES FACE AU BOIS DE ROSE !

bois de rose

« Dans le royaume des aveugles, le borgne est pendu ». Ce dicton semble se vérifier à Madagascar lorsqu’on analyse les péripéties politiques récentes liées au trafic de bois de rose qui défraient actuellement la chronique. Les conséquences du trafic de bois de rose continuent de faire des vagues dans le microsome politique et diplomatique malagasy. Si les regards, par presse interposée se focalisent sur le gouvernement en général dont la responsabilité ne peut être écarté – il serait tout simplement intellectuellement malhonnête de lui imputer toutes les failles qui ont conduit à ce jour à des résultats mitigés quant à la lutte contre ce fléau.

Pour éviter qu’on ne tombe dans des conclusions hâtives ni qu’on ne se livre à des analyses tronquées car truffées de contre-vérités et d’intoxication, il revient à tous ceux qui prétendent vouloir contrer la corruption et défendre la bonne gouvernance d’estimer la situation à sa juste valeur, donc de manière la plus objective qu’il soit afin que les dissimulations semées ici et là n’occultent en aucun cas les quelques efforts déployés jusqu’ici aussi bien par le gouvernement malgache que par des simples citoyens épris de justice .

 

L’attaque frontale, une tactique sans résultats satisfaisants

 

Si nous faisons une rétrospective sur le trafic de bois de rose depuis la prise de fonction du Président de la République, on ne peut oublier le discours engageant de celui promettant d’y mettre fin. Pendant sa première année de mandat, on a quand même pu constater, et tous les rapports sur le sujet le prouvent, que de nouvelles coupes ont quand même eu lieu et que l’exportation illicite de ces produits n’a en aucun cas cessé. On se rappelle tous du cadeau empoisonné laissé par l’ancien PM Beriziky (qui par ce geste admet qu’il n’a lui aussi rien pu faire pour combattre ce fléau) à son successeur : la liste de trafiquants notoires jusque-là non inquiétés par la justice et la réponse de la chaîne pénale à ce sujet ; effectivement, tant que les preuves ne sont pas suffisantes, il n’y a pas matière à poursuite pénale. Tout le monde a compris le message : la justice dans son état ne fera rien, et de fortes suspicions sur la compromission de la chaine pénale dans ce juteux mais illégal affaire éclate au grand jour. Dans le même temps, on fait état d’exportations massives à Singapour et Tanzanie ou les rondins sont interceptés par les autorités locales.

Apres un an de mandat, le gouvernement change et une nouvelle équipe arrive au Ministère de l’environnement, avec à sa tête un jeune ministre dont la technicité dans les questions environnementales est reconnue et saluée par les bailleurs et la société civile, sans parler d’un premier ministre qui a un discours offensif sur le sujet, contrairement à son prédécesseur. Changement total donc de stratégie puisque le gouvernement s’attaque frontalement aux trafiquants. Et là encore, on assiste à de nouvelles désillusions puisque on fait état de nouvelles exportations illicites.

Mais il faut le reconnaître, il n’est fait état d’aucune nouvelle coupe : un progrès important et manifeste qui n’a pas fait que des heureux mais qui a permis de préserver une flore déjà significativement dégradée par les coupes antérieures.

Dans le même temps le jeune ministre qui a la réputation d’être intransigeant et imperméable aux trafics d’influences auxquels s’adonnent de nombreux caïmans du marigot politique malagasy aurait selon les indiscrétions apposé un refus poli – mais catégorique – à toute audience formulée par des barons du bois de rose qui le sollicite pour des éventuels arrangements douteux ; et montre dans les media -contrairement à son prédécesseur – une réelle obsession de nettoyer, seul ou avec d’autres, l’écurie d’Augias du bois de rose, gangrené par le virus de la corruption et des actes mafieux impliquant beaucoup de crapules en col blanc. En frontal donc.

Ici aussi, on soulève un fait remarquable dans cette période charnière : La société civile, elle se tait, laissant faire le ministre, ne l’aidant pas sans qu’on ne sache pour quelles raisons. Une coopération étroite entre le ministère et le BIANCO est, en conséquence, lancée, où le Ministère se porte systématiquement partie civile contre les trafiquants de bois de rose et aide le BIANCO à collecter des preuves contre des gros bonnets dont nous ne citerons pas les noms.

On connaît la suite : ceux-ci seront traduits en justice et remis en liberté par la chaine pénale, dans un discours immuable sur l’insuffisance de preuves ! Le BIANCO crie au scandale, et le Ministère appelle à la collaboration effective de toutes les parties impliquées dans la lutte contre ce trafic. Le message est clair…

Entre temps l’EIA (Environmental Investigation Agency), s’inquiète du traitement des rondins de bois de rose interceptés à Singapour et tout en saluant les efforts réels du jeune ministre, s’alarme du manque de résultats concrets pour mettre fin au trafic ( voir http://eia-global.org/blog/singapore-releases-30000-logs-of-illegal-malagasy-rosewood). Ce qui explique l’initiative prise avec le soutien total du Président de la République d’engager un cabinet d’avocats international indépendant pour faire la lumière sur ces rondins interceptés à Singapour.

De plus devant les échecs répétés des mises en accusation de trafiquants devant la justice, émerge alors l’idée de créer une chaine pénale spéciale contre ce trafic, et ce, semble-t-il avec le soutien indéfectible du Président de la République. Ce sera le ministre de l’environnement, avec le support du Ministre de la Justice qui s’attèlera à cette tâche.

Le Ministre Beboarimisa, probablement en souvenir des propositions remises au gouvernement quand il faisait partie de la société civile et était administrateur de AVG, prendra en très grande partie les idées émises par la société civile dans son ensemble dont AVG et WWF pour définir la loi mettant en place cette chaine spéciale sur le trafic de ressources naturelles, particulièrement le bois de rose (cette Loi sera appelée par la presse la « Loi Beboarimisa », chose inédite dans le travail législatif malagasy – qu’une loi porte le nom de son initiateur, ce qui montre l’importance du texte). Cette loi sera retoquée 2 fois par le Parlement en commission – dont tout le monde sait qu’il est infesté (le mot n’est pas trop fort) par l’argent du bois de rose – avant d’être votée à la session parlementaire de novembre 2015, après un travail acharné de lobbying du Ministère auprès des députés. Tout le monde applaudit mais tout le monde reste dans l’attente de résultats tangibles. Autrement dit : que des trafiquants soient traduits devant cette nouvelle chaîne pénale et condamnés.

 

Des efforts toutefois à signaler

 

Des avancées tangibles sont quand même perçues jusqu’alors dans les méthodes visant à éradiquer le trafic du bois de rose dans le pays :

1/ La plus concrète est incontestablement, comme nous l’avons dit plus haut « l’effectivité totale de l’absence de coupe de bois de rose ». Il n’y a plus de coupe constaté depuis l’arrivée de Ralava Beboarimisa au Ministère.

2/ Plusieurs trafiquants et opérateurs dans le bois de rose ont été quand même traduits – certes sans succès mais quand même traduits – devant la, justice. Ce qui n’était jamais arrivé depuis même l’administration Ravalomanana quand le trafic de bois de rose a commencé et prospéré sous la catastrophique Transition. Cela a été rendu possible grâce à la volonté du Ministère et du BIANCO en suivant les directives du Président de la République à lutter contre ce fléau. Cependant, l’opinion publique semble parfois oublier que les résultats en matière pénale ne relèvent pas ni ne dépendent uniquement du ministère de l’Environnement. Même l’association AVG (une société civile qui est devenue étrangement très critique envers le gouvernement ces derniers temps) devrait le savoir et aurait dû soutenir le Ministère dans ce sens plutôt que de participer à son affaiblissement par des critiques acerbes – certes louables – mais dénuées de preuves tangibles et utiles pour rendre le Ministère plus efficace ;

3/ La Loi relative à l’installation d’une chaîne spéciale contre le trafic de bois de rose est déjà effective et bientôt, opérationnelle. Là encore une avancée historique saluée par tous, qui a très agréablement surpris tous les analystes qui pensaient que dans le contexte de corruption autour de ce trafic, que cette loi ne verrait jamais le jour. Une réussite donc indéniable ;

4/ C’est, encore le ministre lui-même, sous l’autorité du chef de l’Etat, qui a contracté un cabinet d’avocat international pour faire la lumière sur les rondins de bois de rose récupérés à Singapour. A notre connaissance, aucun autre ministre n’avait osé aller jusqu’à ce stade.

Si donc, les critiques des bailleurs de fonds se font jour ou que quelques affaires liés à l’exportation illicite de bois de rose défraient la chronique, c’est qu’il s’agit d’un signal fort émis à l’endroit du gouvernement pour que des efforts plus consistants soient engagés dans la lutte contre le trafic.

Les attaques en règle orchestrées contre le gouvernement et notamment par certains éléments de la société civile et certain corporatismes d’un autre âge ces derniers temps, interpellent sur la prise de responsabilité des uns et des autres dans cette histoire. Toutefois, elles sont compréhensibles si on prend en compte la situation politique qui prévaut actuellement au pays et surtout si on mesure les enjeux qui prévalent (le remaniement qui suscite tant de convoitise à occuper un poste ministériel ou encore les élections qui impliquent le besoin pour certaines personnes de faire main basse sur les ressources financières issues de trafic de bois de rose) dans le pays dont le poste de ministre de l’Environnement.

 

Les interpellations douteuses du PCA de L’association AVG, Ndranto Razakamanarina

 

Il est en effet, particulièrement, regrettable de constater l’empressement sinon l’obsession de l’Association AVG, et particulièrement de son PCA Ndranto Razakamanarina, à critiquer systématiquement les actions du gouvernement.

Effectivement Ndranto Razakamanarina se plait à occuper les espaces médiatiques pour mettre en évidence les failles du trafic de bois de rose et les insuffisances en terme de gouvernance à Madagascar en faisant, systématiquement porter la responsabilité d’un tel manquement au gouvernement, et plus précisément au ministre en exercice. Si la responsabilité du gouvernement et du ministre sont bien entendus engagés dans la limite de leur responsabilité, il faut rappeler comme on l’a vu plus haut que la Justice – théoriquement indépendante- est le maillon faible dans le traitement de ces affaires.

Ainsi, s’il y a quelqu’un qui devrait reconnaitre l’effort déployé par le gouvernement dans la lutte contre le trafic de bois de rose, c’est bien le PCA de l’AVG Ndranto Razakamanarina, en personne.

Pourtant, paradoxalement, ses interventions médiatiques ne visent en aucun cas à régler les problèmes mais se cantonnent dans le dénigrement facile, fait de généralités simplistes et donc fort contestables. Pire, il use et abuse de son titre et de son statut pour faire du racolage auprès des chancelleries étrangères pour éreinter le ministre et le gouvernement et pour faire la promotion intéressée et éhontée de sa propre personne.

 

NDRANTO-RAZAKAMANARINA

Ces agissements soulèvent plusieurs points d’interrogations :

1/ Les critiques non constructives (mais accusatrices) du PCA de l’AVG envers le gouvernement est douteux car elles ne visent nullement à améliorer la lutte contre le trafic mais à narrer des invectives faites de généralités sans preuves probantes.

2/ Surtout, plusieurs affaires mettent le PCA de l’AVG Ndranto Razakamanarina en lien avec l’exploitation de bois de rose. D’abord, c’est lui qui était en charge des bois de rose saisis à l’époque du président Ravalomanana durant lequel il était conseiller de l’ancien chef de l’Etat. C’est donc sous sa responsabilité qu’a été ouvert le trafic illicite du bois de rose. Etrangement, jusqu’à ce jour, par exemple personne n’est en mesure de dire où sont passés les bois de rose saisis à l’époque alors qu’il en était le premier responsable (selon nos informations ce dossier est actuellement en train d’être épluché par les autorités en charge).

Ensuite Il aime répéter à la presse qu’il est au courant de nombreux embarquement illicites de bois de roses qui prévalent dans le pays sans qu’il daigne, paradoxalement, informer ni avertir les autorités compétentes au moment justement où il constate les faits qu’il soulève. Une telle attitude suscite effectivement une grande interrogation car implique directement une certaine forme de complicité entre lui et les trafiquants qu’il ne dénonce pas finalement au moment des faits pour mieux, par la suite dénigrer le pouvoir. Pourtant, la Loi sur la chaîne spéciale donne à la société civile le pouvoir d’aider le gouvernement – en se constituant partie civile – en apportant des preuves indispensables à la lutte contre ce trafic. Or, Ndranto Razakamanarina ne l’a jamais fait et préfère la fenêtre des médias pour ressasser des invectives à l’égard du pouvoir plutôt que d’informer l’oreille attentive des autorités compétentes qui n’attendent que de tels soutiens de la société civile pour mieux agir et être plus efficaces.

3/Plusieurs sources informent également que le PCA de l’AVG s’adonne à des procédés peu recommandables en matière de gouvernance car il se serait fait octroyer un contrat de conseil bidon en forçant les membres du conseil d’administration de l’AVG à obtempérer. Un contrat- s’il vous plait- rémunéré à plus de Trois Millions d’Ariary /mois alors que de telle pratique est contraire à l’esprit même de la bonne gouvernance et est incompatible avec la déontologie qu’impose son statut. En effet, en tant que PCA il est le premier responsable du plan stratégique d’AVG et on peut légitimement se poser la question de l’utilité d’un contrat de conseil…

Des lors, tout le monde dans la société civile et dans les chancelleries rient sous cape quand il professe des leçons de bonne gouvernance – que lui visiblement ne respecte pas – au gouvernement dans les medias…Pire, il se montre au grand jour pour faire le tour des chancelleries étrangères pour critiquer l’action du gouvernement dans le triste espoir d’être un jour nommé ministre de l’Environnement, comme cela est dit et répété dans les salons privés de la capitale.

 

Et si la cabale vise uniquement à gêner un gouvernement qui – certes maladroitement et avec des succès encore insatisfaisants- s’attaque enfin aux intérêts liés au trafic ?

 

A étudier les raisons pouvant justifier de telle cabale, une seule (et elle est d’ordre politique) semble être explicable : Empêcher le Gouvernement de continuer sa lutte contre le trafic et par ricochet écarter un ministre qui dérange.

Une pratique politique bien connue à Madagascar et qui s’agite à chaque turbulence politique liée à un éventuel remaniement. Une telle pratique est fort dommageable pour le pays mais, également, très inquiétant pour l’avenir. C’est pourquoi il est, encore plus regrettable de voir la société civile, censée soutenir tout effort déployé par le gouvernement pour lutter contre ce trafic de bois de roses, s’adonner – malgré eux ou par consentement ?- au jeu des trafiquants.

On sait également que dans cette tâche ingrate visant à nettoyer le trafic de bois de rose, les ennemis sont nombreux et en embuscade à chaque fois que l’occasion se présente. Sauf que, en toute objectivité, et quelle que soit la situation, seuls les intérêts de la Nation doivent primer.

Chacun de nous est donc invité à faire sa propre appréciation des choses et à bien juger la situation à savoir : faut-il continuer à soutenir les engagements courageux entrepris jusqu’alors ou, au contraire, succomber aux influences néfastes qui visent à décourager– jusqu’ici en vain – le ministère et ce gouvernement qui s’emploie enfin à rehausser l’image de Madagascar en termes de bonne gouvernance en attaquant de face, et sans brocher, les mafieux du bois de rose ?

 

 

Iaban’ny Daona (Tanambao V – Antsiranana, le 22/01/2016)

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