Blog des simples observateurs de la vie politique malgache

Accueil » Uncategorized » Crise à Madagascar : En dehors de la quête de l’intérêt de la Nation, point d’issue!

Crise à Madagascar : En dehors de la quête de l’intérêt de la Nation, point d’issue!

67716

Et maintenant, qu’est ce qui va se passer ? Telle est la question que tout le monde se pose après la décision de la HCC  (Haute Cour Constitutionnelle) ayant rejeté la requête de destitution du président de la République déposée par les 121 députés. Car, à bien des égards, plusieurs réponses sont possibles mais une seule devrait nous intéresser : Celle qui préserve l’intérêt exclusif de la population malgache. Oui, mais laquelle ? Pour mieux la trouver et, ensuite, la cerner, il nous faudrait d’abord passer en peigne fin toutes les réponses possibles et imaginables.

Robert Yamate - official photo - November 2014

Pour la communauté internationale : Rien que la stabilité politique

Pour la communauté internationale, deux mots résument la solution : Stabilité politique. Autrement dit, que les forces politiques antagoniques (la présidence de la République et les députés frondeurs) sacrifient, chacune, leurs ambitions égoistes et hissent l’intérêt supérieur de la Nation au dessus de tout. Beau et juste programme, mais comment le concrétiser ? Car si la communauté internationale pense que les mêmes forces antagoniques, manifestement animées par des rancœurs tenaces l’une envers l’autre, voire envoûtées par une haine mutuelle, se métamorphosent – grâce aux flèches magiques de Cupidon – en deux tourtereaux et décident de se soucier, enfin du sort de la population qui est à leur charge, on peut rêver.

L’histoire nous l’a déjà, amplement, enseigné : La cause d’un problème ne deviendra jamais, par la suite, sa propre solution.

Pour que le « souhait » de la communauté internationale se concrétise, faut-il encore qu’il y ait une force contraignante qui viendra l’appuyer. Le blocage des fonds extérieurs pourrait en être une mais cela est insuffisant. Il faut une force dynamique interne qui contraindra les deux protagonistes à épouser le choix de la stabilité politique.

L’ennui, c’est que, justement, cette force dynamique interne contraignante, n’existe pas : Le FFKM qui a l’habitude de jouer ce rôle s’est montré, hélas, « hors jeu », car peu crédible depuis qu’il s’est autodétruit en corrompant l’éthique religieuse censé l’incarner par un choix politique partisan qui gangrène la conscience de ses membres.

présidence

La présidence : Apaisement et continuité

Du côté de la présidence, sa décision semble être claire : La continuité. Autrement dit, « ni punition » (donc pas de dissolution de l’Assemblée nationale pour punir les députés frondeurs), ni « triomphalisme » (donc pas d’excès d’arrogance envers ses adversaires). Cependant, cette décision, ou plutôt ce message ne rassure point ses adversaires politiques.

De l’autre côté, les députés frondeurs comptent continuer la déstabilisation, par tous les moyens, de manière à ce que ce qu’ils considèrent comme pratiques politiques indécentes du régime (« abus de pouvoir », « violation de la loi », « corruption à grande échelles », etc.) soient définitivement bannies.

Du coup la situation se corse, car bien malin sont ceux qui arriveront à prévoir ce que pourrait être la réaction du président de la République si tant est que, malgré sa patience et son engagement pour la stabilité politique, les députés frondeurs continueront à rendre le pays ingouvernable à travers des manœuvres juridico-politiques douteuses, en jouant sur le statut « d’élus » desquels ils se prévalent.

3D653A4C-F5B8-4E34-A14C-8C4A304B4BA8_mw1024_s_n

Les députés frondeurs : destitution du président ou nomination d’un Premier ministre acquis à leur cause

Il faut bien comprendre que du côté des députés frondeurs, la pilule de la HCC est trop difficile à avaler car, pour eux, cette décision évoque une double sanction : de l’humiliation (le fait d’avoir échoué dans leur action de destituer le président) s’y est rajouté le discrédit (l’opinion constate donc que le pouvoir législatif ne pèse que dalle). Beaucoup des députés songent donc aux revanches et ruminent des actions plus musclées encore contre non seulement le président, mais aussi la HCC, pour laver l’affront.

Mais un grand problème se pose : L’opinion tananarivienne, celle qui a toujours accompagné les insurrections et qui a toujours influencé le sens de changement de régime à Madagascar, refuse, catégoriquement, de suivre les députés frondeurs. Pour cette opinion tananarivienne, quoi qu’on dise, le maintien du président de la République à son poste constituerait le moindre mal, car basculer dans les incertitudes de la gouvernance des « députés frondeurs » relèverait du pire. Le choix est, donc, vite fait, et il est déjà fait.

Au moins, par deux fois, l’opinion Tananarivienne a lancé un signal clair aux députés selon lequel leurs manœuvres de destitution du président ne l’enchantent pas : D’abord, lors de l’arrestation de la députée Lanto Rakotomanga, durant laquelle certains députés sonnaient des cloches et utilisaient des sifflets pour réveiller les gens dans l’espoir que la foule tananarivienne, comme d’habitude, vienne prêter main forte aux mouvements et, ainsi, faire chuter le régime. Or, personne n’a bougé le petit doigt, le petit peuple a préféré rester au lit et vaquer à sa misère quotidienne. Du coup les députés se sont retrouvés esseulés, comme si, effectivement, le titre de « représentant du peuple » qu’il incarne relevait d’une usurpation lourde à porter. Ensuite, lors de la publication officielle du verdict de la HCC : Les députés ont tenté de rameuter des étudiants grévistes pour mettre la pression aux « juges constitutionnels », espérant ainsi que le mouvement allait brasser des foules et ensuite donner une consistance à la pression. Cependant, personne n’a suivi, et aucune pression « populaire » ne s’est produite. L’échec fut total.

armada

L’ARMADA : Réclamer la tenue d’une élection présidentielle anticipée

L’ARMADA est ce groupe des partis politiques qui, bien que ne l’avouant pas ouvertement, s’opposent au régime actuel et a la particularité d’avoir des élus au sein de l’Assemblée Nationale. Leurs députés sont, effectivement, signataires, de la requête de destitution du président de la République. Sauf que voulant éviter toutes actions « musclées » propres aux députés MAPAR (parti de l’ancien chef d’Etat de la Transition, Andry Rajoelina), l’ARMADA préfère batailler dans le salon (à coup de conférence de presse et de publication – parfois excessive – de communiqués) et favoriser, par là, les règles démocratiques. C’est pourquoi, anticipant la décision de la HCC, l’ARMADA avait demandé à ce qu’une élection présidentielle anticipée se tienne pour éviter, selon lui, que la crise ne s’aggrave.

Cependant, deux points étonnent dans cette déclaration : D’un, à qui l’ARMADA formule-t-il ses voeux ? à la HCC ? à la communauté internationale ou au président de la République ? Ou encore à l’opinion publique ? Vu sous cet angle, on peut déjà dire que cette déclaration de l’ARMADA, n’aura aucune portée concrète et sonne plutôt comme un signe de sa propre impuissance, sinon d’une déclaration creuse. De deux, comment l’ARMADA compte-t-il garantir une stabilité politique avec une élection présidentielle dont le résultat devra être, dans ce cas, conforme à la représentation « exacte » de la majorité parlementaire actuelle qu’il s’abstient de critiquer ?. L’ennui c’est que cette majorité parlementaire « stable » n’existe pas. Ce qui rend encore plus hasardeuses les manœuvres consistant à en chercher une, non pas à travers la dissolution de cette Assemblée nationale (incapable de produire une majorité stable) mais…dans l’élection présidentielle (?).

11267761_1050699638292319_1793513740495761051_o

La mouvance Ravalomanana : Préparer l’élection communale et se parer à toute éventualité

Pour la mouvance Ravalomanana, le mot d’ordre est simple : Il faut maîtriser Antananarivo (c’est-à-dire l’opinion tananarivienne). Elle a, au moins, compris, que sans un leadership « avéré » à Antananarivo, il serait vain que de vouloir perpétrer un « coup politique extra-éléctoral » contre le régime en place sans risquer de perdre ses plumes.

Qu’on le veuille ou non, l’échiquier politique depuis 2002 a démontré que la capitale est devenue le « pays utile », depuis la décapitation des baronnies locales et régionales qui constituaient encore jadis (à l’époque de Ratsiraka et de Zafy Albert) une force capable d’équilibrer le rapport de force politique dans le pays. Il devient, alors, désormais difficile de vouloir changer le régime (en dehors des élections présidentielles) ou de commettre des coups politiques extra-électoraux contre un régime, si on n’a pas la majorité de l’opinion tananarivienne. Etant entendu que dans « Opinion Tananarivienne », on entend par force élitaire pluriethnique et mutlicatégorielle, donc une force politique à part entière, dynamique et agissante.

Alors, la mouvance Ravalomanana joue et surjoue sur la situation de manière à renforcer le poids politique de son chef grâce, essentiellement, à l’affaiblissement des ses supposés adversaires qui s’autodétruisent continuellement: Pendant que les députés TIM signent la requête de destitution, sa candidate pour la Mairie d’Antananarivo, elle, se prépare à gagner les communales, et son chef profite pour recevoir et discuter avec les chancelleries étrangères. Autrement dit, pendant que ses adversaires se chamaillent et s’entre-déchirent, la mouvance Ravalomanana, elle, se pare à toutes les éventualités …électorales.

8-mai-2015-lambassadeur-dafrique-du-sud-c3a0-faravohitra-1

Dans ces cas de figure, elle sait qu’elle n’est pas (pas encore) suffisamment forte pour s’accaparer –tout de suite – le pouvoir, mais l’autodestruction à laquelle ses adversaires s’adonnent ne fait que le renforcer et lui donnerait toutes les chances de gagner à tous les coups. Cette position le montre comme le meilleur allié du régime et aussi un possible allié circonstanciel et indispensable des députés frondeurs, car sans elle, aucune action entreprise par ceux-ci ne sera efficace. Cependant, la mouvance Ravalomanana a déjà ouvertement définit sa position : Elle vient de déclarer officiellement qu’elle opte pour « la stabilité », pour un pacte de « responsabilité », et donc, elle penche plutôt du côté du régime et du sens voulu par la communauté internationale.

electionballot

Conclusion : Préparez-vous aux élections

Au vu de ces analyses, on peut, dès lors conclure que les forces politiques en présence peuvent être mesurées de deux manières :

Premièrement, nous constatons que d’un côté, la longueur d’onde de la communauté internationale (pour la stabilité politique), du régime (pour le pacte de responsabilité à travers la continuité, donc la tenue des élections communales), de la mouvance Ravalomanana (pour le pacte de responsabilité, la stabilité et l’élection communale) et du pouvoir judiciaire (la HCC), est en diapason.

Deuxièmement, les députés frondeurs peuvent continuer à rester sourds et aveugles aux signaux émises par cette condensée de force politique (le régime, la mouvance Ravalomanana, la communauté internationale et la HCC) mais ils n’ont que deux choix : soit continuer à bloquer le fonctionnement de l’Etat (ils en ont la capacité) en s’opposant systématiquement aux actions de l’exécutif (entretenir volontairement une crise institutionnelle) et donc tout au moins rejoindre les requêtes de l’ARMADA ; soit trouver un consensus avec le régime pour gouverner le pays de manière intelligente dans la stabilité politique, et avec le soutien des autres forces politiques épousant cette idée de stabilité.

Mais, d’abord, en entretenant la crise institutionnelle, les députés frondeurs courront le risque de pousser, cette fois-ci, l’opinion publique à s’opposer à eux, et donc à renforcer leurs adversaires, car, manifestement la population en a plus que marre des querelles politiques qui empêchent le pays d’avancer. Et, dans ce cas de figure, ils perdront gros, car ce poids supplémentaire pourrait inciter le président de la République à revoir sa position et à décider de dissoudre l’Assemblée Nationale. Pour cela, celui-ci pourrait très bien, et sans inquiétude, attendre l’élection communale pour le faire. En réaction, les députés pourraient inciter la foule à se mobiliser en sa faveur et créer une forme d’insurrection contre le régime en place. Ce sera la plus extrême de position qu’ils pourront tenir (l’option d’un coup d’Etat militaire étant volontairement ignorée par notre analyse – à tort ou à raison). Reste à savoir si la population tananarivienne suivra. Ce que nous doutons, beaucoup car sinon cela se saurait (sauf, bien sur, qu’en politique, tout est, effectivement, possible).

En revanche, en favorisant le « consensus » (avec le régime), les députés frondeurs seront tenus de négocier (mais) en position de faiblesse et pourront, sûrement, ne pas obtenir tout ce dont ils désirent. Le poste de Premier Ministre pourrait être « négocié » mais en tout état de cause, les élections risqueront bel et bien de se tenir, d’autant plus que de ces communales dépendront les sénatoriales, les régionales et, in fine, la mise en place effective de la politique de la décentralisation, et de toutes les institutions prévues par et dans la Constitution dont la Haute Cour de Justice.

Alors, nous disons à tous : Préparez les élections car d’elles dépendront la préservation de l’intérêt national, et ne soyez surtout pas endormis par des querelles politiques en haut lieu qui sont non seulement aléatoires mais aussi ne reposant sur rien de consistant en terme de logique politique de développement que le peuple appelle de ses vœux.

Seules les élections détermineront la représentation des forces politiques « réelles » (et non usurpées) à Madagascar, et ces forces politiques constitueront la « force dynamique interne contraignante » seules à même de « stabiliser » le pays.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :