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Madagascar: Décortiquer la nouvelle donne politique

Haute-Cour-Constitutionnelle

Nota: La présidence de la République de Madagascar annonce sur son compte facebook (et sur son site officiel) que le pacte de stabilité (partagé dans les divers réseaux sociaux depuis ce matin) n’est pas son oeuvre, et qu’en conséquence, le président s’adressera à la Nation ce soir, suite à la décision de la HCC.  Nous prions donc nos lecteurs de bien vouloir nous excuser de l’erreur ainsi produite, qui, manifestement, n’émane pas de notre volonté.

Toutefois, il nous parait utile de laisser l’article de manière à pouvoir enrichir le débat avec, bien sur, les corrections « explicatives » qui s’imposent. [Nous mettons en italiques (et en couleur vert) les points qui sont touchés par l’erreur et en écritures normales les points qui demeurent valables (en couleur marron) – et cela malgré l’erreur – ainsi que nos corrections explicatives ajoutées]

« Enfin, la cohue provoquée par la saute d’humeur (qui consiste essentiellement à destituer le président de la République par le biais d’un coup constitutionnel motivé par l’appât de gains) des députés frondeurs a trouvé une fin – jusqu’ici –  moins dramatique que prévu. Cette nouvelle donne politique pourrait bien, dorénavant, pousser, l’ensemble de la classe politique malgache à plus de responsabilité. Effectivement, la HCC, Haute Cour constitutionnelle, (cette institution judiciaire appelée à trancher sur la recevabilité ou pas de la motion de destitution) vient de rendre son verdict à travers une décision, que nous savons tous qu’elle est de nature « irrévocable », donc susceptible d’aucun recours, suivante : Les plaintes des députés sont « recevables » mais « non fondées ». En terme clair : nulles et non avenues ! »

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Les députés-billets-de-banques frondeurs déchantent :

voiture5

Du coup, l’espoir que nourrissaient les « députés-billets-de-banques » (DBB) de voir le scénario de 1996 (les députés ont destitué le président de la République Zafy Albert par un vote de motion d’empêchelment) se reproduire, s’est évaporé. La fête n’est donc pas au programme. Mais, rien de tout ceci n’étonne vraiment puisque la circonstance ayant conduit à cette « destitution » était tellement rocambolesque que personne n’aurait réellement parié à ce que les DBB puissent obtenir gain de cause : Les arguments avancés sont à prendre avec des pincettes, les procédures engagées sont truffées d’irrégularités, les motivations des députés (DBB) sont fondées plus sur un addict à l’odeur de l’argent sale, plutôt que sur le souci d’intérêt national, bref, la HCC a, manifestement, pris la meilleure décision. Que cela plaise ou pas, nous disons, sans détours, que le verdict rendu demeure celui qui est le plus à même de préserver le pays d’une crise politique dévastatrice.

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L’ARMADA n’est-il pas plutôt à côté de la plaque

armada

Cherchant probablement à devancer le verdict de la HCC, l’ARMADA, un groupe des partis politiques opposants au régime, anticipe une conférence de presse au cours de laquelle il déclare la nécessité absolue d’appeler le peuple aux urnes pour une élection présidentielle anticipée. Cette position de l’ARMADA étonne beaucoup, ne serait-ce que sur l’absence de logique dans la démarche : Comment pourrait-on imaginer, ne serait-ce qu’un seul instant – régler la crise institutionnelle qui prévaut actuellement au pays avec la seule option de changement de président de la République tout en gardant les DBB à leurs postes, sans contre-pouvoir, pire en leur donnant entièrement raison sur ce qu’ils ont fait ?

Selon cette logique, comment l’ARMADA puisse prophétiser que celui qui sera élu président de la République demain (en remplacement de celui qui est là actuellement) aura, exactement, la « configuration politique » telle qu’elle se présente actuellement au sein de l’Assemblée nationale, et en sus, capable de constituer une « majorité parlementaire stable » (sans jeu des mallettes) dont l’équilibre institutionnel a besoin pour fonctionner ?

Il aurait été plus logique de réclamer à la fois une élection anticipée pour les présidentielles et la dissolution de l’Assemblée nationale.

L’attitude de l’ARMADA semble indiquer que ce groupe répond surtout à une exigence forgée sur une ambition personnelle plutôt qu’à une volonté sincère de se soucier du sort de la population, sacrifiée par les caprices récurrentes des DBB et par l’irresponsabilité évidente des classes politiques qui souhaitent reproduire ad vitam aeternam les partages de sièges (les spécialités des joueurs de mallettes) de l’époque transitionnelle chaotique de 2009-2013.

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Une proposition d’un pacte de stabilité « relativement réaliste » a été diffusée sur les réseaux sociaux depuis  ce matin 

Nous avons bien dit ceci avant que la présidence ne nous informe que le pacte de stabilité en question n’est point son oeuvre: 

« Chose étonnante : Depuis qu’il a accédé au pouvoir en janvier 2014, jamais le PRM n’a été aussi « productif » en terme de propositions : Avant tout, le pacte de stabilité qu’il préconise (et qui se décline en trois propositions), cherche à calmer le jeu politique bouillonnant actuel car il annonce, tout de go, que, malgré les vices congénitales qui forment le corps politique des DBB, le président de la République estime que « la dissolution de l’Assemblée nationale » n’est pas la meilleure option pour régler cette crise politique. Au contraire, il avoue être conscient qu’une élection législative anticipée ne garantit pas l’émergence d’une « majorité présidentielle » (indispensable pour la stabilité politique) au sein de l’Assemblée Nationale. C’est un aveu d’impuissance qui nécessitait vraiment du courage pour être exprimé et assumé, ainsi: le PRM est, donc, conscient qu’il n’a pas – dans le cas actuel voire dans le futur proche – de « base politique électorale » assez solide, capable de supplanter celle qui forme, actuellement, les DBB. »

Ceci étant, au lieu de perdre de temps et de l’argent pour organiser une élection qui ne mènera, au final, qu’à la même situation de crise que le peuple malgache subit déjà douloureusement en ce moment, il semble avoir préféré favoriser l’option de la « cohabitation ». Une option plus sage, plus logique et, surtout, moins dévastatrice pour le pays, d’autant plus que la communauté internationale semble, elle aussi, s’y souscrire.

La pertinence du pacte de stabilité proposé par le PRM se situe sur deux points : d’une part, la volonté de stabiliser le pays (éviter donc les crises politiques récurrentes) par l’intégration de toutes les forces politiques « représentatives » dans la conduite des affaires nationales et cela, en tenant compte du poids politique que représentent ces forces politiques au sein de l’Assemblée nationale, d’autre part, la prise en compte (et le respect) , justement, de cette configuration politique pour déterminer la composition équitable aussi bien du gouvernement que du bureau permanent de l’Assemblée nationale. La répartition des sièges se mesure, alors, par rapport au poids politique réellement constitué.

  • La première proposition prévoit une répartition de sièges où le président de l’Assemblée nationale revient au MAPAR (relativement majoritaire à la chambre basse : 49 députés sur 151), et le chef de gouvernement reviendra à la mouvance Ravalomanana (2ème force politique au sein de l’Assemblée nationale avec 21 députés). Étant entendu, que la répartition des sièges au sein du gouvernement (fixés à 32) ainsi que les postes dévolus au bureau permanent de l’Assemblée nationale (au nombre de 17) correspondent – et proportionnellement – aux forces politiques présentes au sein de l’Assemblée nationale.

  • La deuxième proposition est inverse de la première : Le poste de président de l’Assemblée nationale reviendra à la mouvance Ravalomanana, et celui du chef de gouvernement revient au MAPAR. Les postes restants gardent la même proportion édictée dans la première proposition.

  • La troisième proposition prévoit, en revanche, de garder l’actuel Premier Ministre à son poste et de donner au MAPAR la présidence de l’Assemblée nationale. La répartition des sièges (au sein du gouvernement et du bureau permanent de l’Assemblée nationale) se fera non plus, majoritairement entre le MAPAR et la mouvance Ravalomanana, mais intégrant également l’équipe de l’actuel premier ministre. Même si, effectivement, la majorité des postes revient toujours aux deux groupes principaux : MAPAR et la mouvance Ravalomanana.

Bref, ce pacte de stabilité reconnaît, au moins, trois choses : d’une, le HVM (parti du régime mais n’ayant aucun élu au sein de l’Assemblée nationale) doit occuper une position désormais non-dominante, contrairement à ce qui s’est passé jusqu’ici : Ni le premier ministre, ni le président de l’Assemblée Nationale ne le concerne. Surtout, il est mis en minorité dans le gouvernement, cela au profit du MAPAR et de la mouvance Ravalomanana. De deux, le MAPAR et la mouvance Ravalomanana doivent s’entendre pour mettre en place la répartition équitable des sièges au sein du gouvernement et du bureau permanent de l’Assemblée nationale. De trois, les autres forces politiques – de moindre envergue, certes mais qui comptent dans l’échiquier politique actuel -, en dehors du trio principal MAPAR/HVM/Ravalomanana, présentes au sein de l’Assemblée nationale (voire celle qui soutienne le Premier ministre actuel), sont, elles également, favorisées par le pacte de stabilité car elles sont appelés à siéger aussi bien au sein du gouvernement que du bureau permanent de l’Assemblée nationale.

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Deux choses sont à remarquer et qui, après nous avoir étonné, nous a pourtant agréablement surpris par « l’humilité essentielle » qu’ils expriment : Premièrement, « l’aveu d’impuissance du président » (prononcé et donc, assumé, mais qui témoigne également un sens de courage et de volonté à primer l’intérêt national sur le sien propre) jusqu’à aller dire qu’il ne pourra pas retrouver une majorité stable en cas de dissolution de l’Assemblée nationale débouchant nécessairement à une élection législative anticipée. Deuxièmement, la volonté – légitime –  de répartir équitablement le pouvoir (en conformité avec la représentativité des forces politiques présentes au sein de l’Assemblée nationale) pour garantir la stabilité du pays, au lieu de tomber de nouveau dans un schéma d’une assemblée constituante dont les membres seront triés selon les modes opératoires désastreux des anciens CST et CT de l’époque transitionnelle.

Nous en avons, alors conclu que, dans ce cas:

 Le pacte de stabilité semble incarner l’option du moindre mal censée régler la crise politique actuelle:

A première vue, le pacte de stabilité aurait de quoi satisfaire tout le monde. La clé de répartition de poste est assez équitable. Le président n’est pas destitué et l’assemblée nationale ne sera pas dissoute. Ni le MAPAR ni le HVM ne se sentirait léser : Le MAPAR d’Andry Rajoelina sauve ainsi sa face et pourra, enfin, éliminer tous les « brebis galeux » qui polluaient jusqu’ici sa formation politique, avec leur MAPAR1, MAPAR 2 et MAPAR 3 ; La mouvance de Ravalomanana (dont la totalité des députés ont signé l’acte de destitution) est appelée à jouer un grand rôle au sein de l’exécutif et du législatif. Les autres forces politiques présentes au sein de l’Assemblée nationale, sont, elles aussi, favorisées car leur existence en tant que force politique est, enfin, considérée et reconnue en haut lieu.

Ce pacte de stabilité est l’acte politique le plus productif et le plus logique que le régime ait pu accomplir jusque là car la crise récente semble bien l’avoir aidé à se surpasser et, pourquoi pas, à se régénérer pour de bons.

Espérons seulement que la responsabilité que ce pacte impose aux responsables politiques respectifs poussera les députés de Madagascar à se débarrasser définitivement de ce statut d’envoûtement de DBB qu’ils se sont affublés, pour redevenir des « élus responsables » sur lesquels la population puisse compter.

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Mieux, nous pensons également avoir raison sur le cas de Ravalomanana car, en l’espèce, pourquoi refuser de penser (quitte à prendre le risque de se tromper) que ledit pacte de stabilité (d’ailleurs c’est lui qui en avait parlé en premier) pourrait venir de son propre clan d’autant plus encore lorsqu’on constate que, finalement c’est lui qui semble être celui qui a le plus beau rôle à jouer dans cette histoire?

Dans ce cas, nous laissons nos écrits tels quels à titre de prévention (toujours notre obsession à vouloir enrichir le débat) pour dire comment l’ancien chef de l’Etat qu’est Ravalomanana fonctionne politiquement:

Le sacré coup politique de la mouvance Ravalomanana

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Le président Zafy Albert l’avait qualifié de « roublard », à juste titre, et personne n’en doute. Mais, quoi qu’on dise, il faut quand même reconnaître que Ravalomanana est un politicien au sens d’ikotofetsy sy Imahaka du terme (l’appréciation est à laisser à chacun: péjoratif ou mélioratif) : C’est à dire où la politique se conjugue plus avec la ruse (et moins avec l’éthique), avec le culot et un goût prononcé aux prises de risques (et jamais se contenter de l’attentisme), avec une certaine idéologie (et non sur l’opportunisme) mais qui, de toute façon, produit des résultats en sa faveur.

En d’autre terme, sa politique, bien sur « moins éthique » (au sens moral du terme), est fondée sur un seul principe fondamental : l’efficacité. Quel que soit le moyen à utiliser pour y parvenir, du moment que le plan établi se réalise, c’est l’essentiel, car seul compte le résultat. Il a su distinguer clairement ce qui relève de l’essentiel (le résultat, le concret) et celui de l’accessoire (l’obsession de vouloir toujours avoir raison ou de vouloir être le plus sage).

La mouvance Ravalomanana a su cerner et, par la suite exploiter à bon escient la faiblesse politique originelle (que tout le monde avait remarqué) du président ; la « réputation » désastreuse du MAPAR ; et surtout la congélation intellectuelle dans laquelle se trouvent tous les autres membres qui composent la classe politique en face.

Quoi qu’il advienne, la mouvance Ravalomanana devient incontournable : Le MAPAR ne pourra plus engager aucune action sérieuse pour contrer le président de la République sans Ravalomanana. Le HVM ne pourra pas, en tout cas pour le moment, résister aux invectives du MAPAR sans le bouclier Ravalomanana. On peut, bien sur, déplorer cette situation, mais les faits, têtus selon Lénine, l’imposent ainsi, et il faut faire avec. Sinon, il faut cogiter davantage et se montrer plus productif que lui à l’avenir.

***

Et, la suite ?

En réalité, on attend la déclaration du président de la République de ce soir pour comprendre en mieux la suite. En tout cas, le pacte de stabilité est, malgré tout, séduisant sur plusieurs points. Espérons seulement que la proposition- la vraie – du président de la République de ce soir, sera encore mieux. Pour que comme nous avons conclu dans notre article, cette proposition (au lieu et à la place du pacte de stabilité) produira le même effet souhaité: prise de responsabilité de tous, une offre politique stabilisante, exprimant une situation où il n’y a ni vainqueur ni vaincu, et qui incite la classe politique à se soucier du sort de la population.

Le pacte de stabilité met tout le monde devant sa responsabilité. L’offre politique de « ni vainqueur ni vaincu » qu’il présente devrait inciter la classe politique à se soucier du sort de la population.

Alors, Oui, le pire ne pourra plus être devant nous même si certains conjurent, matin au soir, pour que le chaos s’installe.

Vous remerciant par avance.

Les Rédacteurs.

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