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Madagascar : Comprendre l’acte de déstabilisation en cours

La situation politique qui prévaut à Madagascar actuellement donne le tournis aux observateurs sérieux de la vie politique malgache et fait perdre le latin à tous démocrates qui se respectent. Quoi qu’on dise, quelles que soient les chansonnettes que les uns et les autres fredonnent, et qu’on aime ou qu’on déteste le régime actuel, un « mot » – un seul – résume, à lui tout seul, ce qui se trame en ce moment dans le pays : déstabilisation

Le régime actuel fait l’objet de multiples formes (au moins trois sources) de déstabilisation dont le point névralgique se trouve au sein de ce qu’on appelle « abusivement », Assemblée Nationale de Madagascar.

La corruption qui gangrène cette institution qu’est notre Assemblée Nationale est telle que tout ce qui lui est lié sent l’odeur de l’argent sale.

Pour clarifier en mieux la situation, et, surtout, pour éviter les informations toxiques que les déstabilisateurs envoient pour mieux endormir l’opinion publique, nous allons mettre en exergue les points indispensables à savoir pour mieux comprendre ce qui se passe réellement :

  1. Qui sont les déstabilisateurs ?

Ils seraient, au moins, au nombre de trois (3) : D’abord, le MAPAR, le parti qui a contribué à l’accession du président actuel au pouvoir mais qu’il a dû – à raison –, une fois installé, s’en séparer car moulé dans une marmite dangereuse de fabrique à corruption et des politiciens véreux. L’époque transitionnelle de 2009-2013 en constitue une preuve évidente de la production de ladite « moule politique ». Ensuite, des opérateurs économiques véreux et mafieux, qui ont pu s’engraisser durant l’époque bénie de la Transition et durant laquelle ils ont pu cannibaliser – impunément – et avec un appétit gargantuesque les richesses nationales et, cela, en violation des lois et au détriment de l’intérêt national. Enfin, bien que de moindre mesure, le clan de Ravalomanana, celui que l’ancien président Zafy qualifiait – à raison aussi –  de roublard. Toutefois, le clan de Ravalomanana pourrait ne pas être l’initiateur des projets de déstabilisation, mais sans aucun doute, celui qui y met de l’huile (ou qui opère en incubateur du mouvement) – à chaque circonstance et en toute occasion – de manière à ce que le feu de la déstabilisation ne s’éteigne. Le fait que la totalité des députés TIM soutienne la motion de destitution signifie que leur chef y est favorable. L’explication donnée par celui-ci selon laquelle « ses députés ont simplement agit par solidarité parlementaire » ne convainc personne car la « solidarité parlementaire » n’est justifiable que seulement lorsqu’elle vise à se soucier du sort de la population et non lorsqu’elle contribue à aggraver une manœuvre de déstabilisation notoire lié à un acte de corruption avéré. Personne n’est dupe.

  1. Quel est le moyen de déstabilisation ?

deputé gasy

 

Sans aucun doute : Le « créneau » qu’incarnent les membres de l’Assemblée Nationale. Ceux-ci pensent – à tort – qu’étant des « élus », ils ont la légitimité de « déstabiliser » constitutionnellement le régime en place. Ils ont failli avoir les moyens de leur ambition si, et seulement si, ils ne se forgeaient pas une réputation très négatives des « corrompus de la Nation ». Car, effectivement, en un peu plus d’un an d’exercice de pouvoir, les députés malgaches ne se sont intéressés qu’à leurs privilèges illégitimes (considérer la distribution des véhicules 4×4 comme un droit acquis, exiger des passeports diplomatiques pour l’ensemble de leur famille – pour mieux fluidifier les trafics en tout genre dont ils raffolent pour vivre -, accepter de violer les lois pour s’approprier des privilèges etc.) et leurs intérêts égocentriques. Cette réputation et juste qualification de « voyous » de la République dont les députés malgaches se sont appropriés a fini par les discréditer totalement auprès de l’opinion publique. C’est la raison essentielle qui a fait que les manœuvres de déstabilisation fomentées n’ont pas rencontré « l’adhésion populaire » qu’ils escomptaient. Au final, le piétinement de toutes leurs tentatives et de leur stratégie d’épicier finiront sans doute en échec.

  1. Quelles sont les périodes choisies pour lancer l’acte de déstabilisation ?

Avant la date de l’indépendance du 26 juin 2015. Les déstabilisateurs ont murement calculé leurs coups de la manière suivante, qui se décline en trois (3) points :

D’abord, il leur faut coûte que coûte empêcher que l’élection communale soit maintenue pour la date du 31 juillet 2015. La raison est simple : Le MAPAR n’est pas prêt et n’étant pas au pouvoir, il sait que sa chance de remporter la victoire est quasi-nulle. Or, la victoire du HVM (parti du régime actuel) aux communales émettra trois signaux clairs aussi bien pour l’opinion malgache que pour la communauté internationale : D’un, le HVM aura, enfin, une représentation « palpable » de légitimité électorale (ce qu’il n’a pas encore jusqu’à ce jour) ; de deux, cette victoire pourrait être écrasante (car facilitée par le discrédit de ses adversaires) ce qui « stabilisera » le pouvoir actuel et, ainsi, permettrait d’asseoir, enfin, l’ensemble de la politique générale de l’Etat avec le déblocage massif des financements extérieurs qui y est inhérent. De trois, cette victoire du HVM effacera, dans la conscience générale, l’existence de ses adversaires le plus virulents, en l’occurrence le MAPAR, ce qui, dans ce cas, compromettra dangereusement l’ambition de son président, Andry Rajoelina, de concourir à une éventuelle élection présidentielle. Etant entendu, que ce dernier y pense tous les jours en se rasant les poils des bras et des jambes.

A tous égards, pour le MAPAR, la tenue des élections communales le 31 juillet 2015 est un danger d’ordre vital car c’est son existence (politique) même qui est en jeu. De fait, empêcher la tenue des élections communales est le premier signal ayant été émis par les déstabilisateurs.

 

Ensuite, la date de session ordinaire des députés se situe entre mai et juin. Voilà donc le moment propice pour actionner la déstabilisation. Car, selon les députés eux-mêmes, ce sera la période où leur « immunité parlementaire » pourrait leurs servir de « clé passe-partout » capable d’ouvrir la grande porte de la corruption, indispensable pour engager tous les « coups » constitutionnels (destitution du président, motion de censure contre le gouvernement etc.) voire même à violer la loi ou à corrompre tout le monde, policiers et magistrats inclus. Les députés malgaches ont (trop vite) confondu « immunité parlementaire » et « impunité absolue » et ont cru (naïvement) que la période bénie de la session ordinaire leur donnera toute la latitude de voler, de tricher, de corrompre, de destituer, d’emprisonner, de limoger etc. qui ils veulent. Ils pensaient – à tort – que « l’immunité parlementaire » dont ils privilégient, leur donnera le pouvoir du Saint Graal qui les absout de tous les péchés mortels qu’ils s’apprêtent à commettre. Raté !

 

Enfin, les députés comptaient agir en traître en commettant un abus de faiblesse contre le parti HVM au pouvoir qu’ils ont soutenu bec et ongle jusqu’ici, pour mettre le coup fatal, depuis qu’ils ont appris la teneur des résolutions issues du Sommet de la Réconciliation Nationale d’Ivato, et ont paniqué à l’idée que le président de la République ne cède à ces propositions, notamment en ce qui concerne – et à raison – la dissolution de l’Assemblée Nationale. Pensant que n’ayant initialement aucun élu au sein de l’Assemblée nationale, le président de la République deviendra leur « objet », un objet qu’ils pensaient pouvoir manipuler, et pire, faire chanter, comme bon leur semblait,  ils se voulait être à la fois faiseur et défaiseur et de roi (en lançant une procédure pour destituer le Président de la République) et y mettre l’actuel Président de l’Assemblée Nationale à la place. Calife ou à la place du Calife.

Les propositions édictées par la Conférence d’Ivato selon lesquelles le « peuple » malgache souhaiterait la dissolution de l’Assemblée Nationale, budgétivore, égoïste, corrompue et déviante sont, effectivement, trop dures à avaler pour nos illustres parlementaires. Ceux-ci pensaient pouvoir dégainer plus vite en mettant en action une tentative, maladroite, infondée et ridicule, de destitution. Fort heureusement, la Constitution malgache a prévu des expédients juridiques pour empêcher que des amateurs et des corrompus, sous prétextes qu’ils soient élus, viennent hypothéquer l’avenir de la Nation pour des raisons fantaisistes et irresponsables.

  1. La position de la communauté internationale est-elle logique et louable ?

Face à cette déstabilisation flagrante, l’ensemble de la communauté internationale a été, unanime, pour dire que la « stabilité » doit régner à Madagascar. La colère des déstabilisateurs ne se fait pas attendre en fustigeant la communauté internationale  de s’ingérer dans les affaires internes de Madagascar. Les députés malgaches frondeurs qui mangent dans les mains des déstabilisateurs ignorent au moins deux choses fondamentales et, ainsi, se discréditent davantage :

D’une part, l’influence de la communauté internationale sur un pays « sous tutelle » comme Madagascar (75% de ces investissements dépendent des financements extérieurs) est – positivement – forte car elle est capable d’empêcher des élus délinquants d’abuser et de sacrifier l’intérêt du peuple dont ils ont la charge.

D’autre part, les députés frondeurs ignorent que l’époque dans laquelle nous vivons rétrécit davantage (et c’est tant mieux !) le pouvoir souverain d’un Etat-Nation au profit du pouvoir « international » tiré du « droit international »,  avec une considération obligatoirement géopolitique, devenant de plus en plus indispensable pour gérer notre planète en prise avec les risques globaux qui s’entrechoquent dans le monde et qui sont interdépendant qu’un seul pays ne puisse régler. Ces frondeurs croyaient (naïvement) que leur statut d’élus leur donne « tout le droit » (donc de vie et de mort) sur leur peuple, dont celui d’enterrer ceux-ci vivant, pour satisfaire leur égo surdimensionné et leur irresponsabilité suicidaire.

Ainsi, heureusement encore la communauté internationale s’arroge le droit d’empêcher des élus irresponsables de mettre un pays à feu et à sang uniquement pour assouvir leurs propres intérêts, sinon qui aurait eu la capacité voire l’influence contraignante de le faire ?  Cette position de la communauté internationale a permis au pays de ne pas sombrer dans le chaos et d’empêcher à ce que des irresponsables n’enterrent leur propre peuple.

Voici une petite matière à réflexion sur ce droit qu’on qualifie d’ingérence pour certains cas, certes pas celui qu’on connaît actuellement, sauf que le propos tenu est suffisamment clair et pertinent pour faire comprendre, à qui de droit, que le droit – prétendument – souverain (dont s’arroge ici les députés) n’est pas tout lorsqu’il s’agit de préserver l’intérêt vital d’une population sacrifiée par des dirigeants indélicats et irresponsables :

Le juriste belge Olivier Corten :  » On ne peut en aucun cas prétendre qu’il serait « licite » pour un Etat de massacrer sa population sous le prétexte que tout ce qui se passe à l’intérieur des frontières relève de ses « affaires intérieures »[…]La totalité des Etats ont formellement reconnu qu’ils devaient respecter des principes fondamentaux comme le droit à la vie, le respect de l’intégrité physique ou l’interdiction du génocide, à l’égard de leurs propres ressortissants et donc sur leur propre territoire. C’est « souverainement » qu’ils ont décidé de s’engager, et c’est dès lors « souverainement » qu’ils doivent respecter leurs obligations.

  1. quelle serait la suite logique de l’événement et qui serait bénéfique pour l’intérêt national ?

Plusieurs options existent mais tâchons simplement de pronostiquer sur ce qui serait le meilleur pour la préservation de l’intérêt national :

  • La destitution du président de la République doit être considérée comme nulle et non avenue, et la Haute Cour de Justice est la seule institution apte à le juger en cas de fautes avérées, la Haute Cour Constitutionnelle n’étant pas compétente.
  • L’élection communale doit être maintenue à la date du 31 juillet 2015 car d’elle dépendra la mise en place du Sénat, des chefs de régions et des chefs de provinces, donc l’effectivité des institutions décentralisées et celle de toutes les institutions prévues dans la Constitution dont la Haute Cour de Justice.
  • (Dans tous les cas), la dissolution de l’Assemblée Nationale pour que le pouvoir exécutif puisse se doter d’une « représentativité légitime » au sein de l’Assemblée Nationale.
  • La communauté internationale doit soutenir l’effort de la stabilisation du pays (qui passe nécessairement par leur soutien sans faille à la lutte contre la corruption, contre les déstabilisateurs de tous poils).
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Un commentaire

  1. Razandry dit :

    Analyse pertinente et lucide.
    Razandry

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